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MEDITATION ET PSYCHOTHERAPIE SONT-ELLES COMPATIBLES ?

I.    INTRODUCTION

La méditation conduit à des changements physiologiques, comportementaux et cognitifs qui peuvent avoir des bénéfices thérapeutiques potentiels.  Pour les tenants de la psychologie transpersonnelle, les méthodes de méditation utilisées avec intention favorisent le développement individuel promouvant le calme intérieur, l’amour de soi et des autres, l'accession à un matériel inconscient, la prise de conscience transformative des conflits émotionnels et les changements dans l'expérience de l'identité personnelle (Greg – Bogart).

S'agit-il d'aide spirituelle ou psychologique ?  Tandis que la thérapie est souvent mise en place pour enlever les obstacles qui se trouvent sur le chemin du bonheur personnel, les disciplines spirituelles comme la méditation sont souvent utilisées par ceux qui sont à la recherche de quelque chose d'inexplicable mais au-delà des satisfactions de la vie sociale, morale ou religieuse.

Y a-t-il des points de rencontre entre thérapeutique et méditation ?  Ces deux approches de la croissance humaine sont-elles complémentaires et peuvent-elles bénéficier de l'une et de l'autre ?  Peuvent-elles être intégrées et utilisées en tandem ?

Les questions qu'on se pose sont les suivantes :

-   la méditation offre-t-elle un accès à des dimensions de l'expérience humaine qui sont largement inconnues de la thérapie occidentale ?

-   la méditation augmente-t-elle ou diminue-t-elle l'efficacité de la thérapie ?

-   la méditation conduit-elle à des difficultés dans les ajustements psychologiques ?

-   quelle est l'ampleur des effets cognitifs et physiologiques de la méditation ?

-   la méditation est-elle fondamentalement hors de propos dans un contexte clinique ?

-   y a-t-il des dangers à introduire la méditation dans le contexte thérapeutique ?

-   comment ces dangers peuvent-ils être évités ?

-          la méditation est-elle plus que simplement une technique de relaxation comportementale ou cognitive ?

II. MEDITATION

Bien qu'il y ait différentes formes de méditation qui utilisent la musique, le mouvement ou encore des capacités visuelles ou auditives, GOLEMAN divise la méditation en deux catégories principales : les méthodes de concentration et les techniques de prise de conscience. 

La méditation concentrative fixe l'esprit sur un simple objet, tel que la respiration ou un mot et essaie d'exclure toute pensée de la prise de conscience.  Cette sorte de méditation est prescrite dans le yogasoutra et le bouddhisme et a d'ailleurs été popularisée dans l'occident sous forme de méditation transcendantale (MT).   La concentration supprime le fonctionnement mental ordinaire, restreint l'attention sur un point et induit des modalités d'absorption caractérisées par la tranquillité et le calme. 

Le bouddhisme a cependant introduit la pratique de la méditation de prise de conscience dont le but est la prise de conscience du fonctionnement psychique interne sans l'achèvement des étapes d'absorption.  Le modèle le plus connu est la méditation vipassana, qui est un entraînement dans lequel l'attention est focalisée sur l'enregistrement des sentiments, des pensées et des sensations exactement comme ils arrivent mais sans élaboration, sans préférence, sans sélection, sans commentaire, sans jugement ou interprétation.  C'est un processus d'expansion de l'attention dont le but est la compréhension de l'impermanence de tous les phénomènes. 

Il existe des différences importantes entre les différentes méthodes de méditation, non seulement différences de technologie mais différences des effets, surtout associées avec le degré d'expérimentation des méditants.

III.     MODELES DE RELAXATION

Un grand nombre de bénéfices attribués à la méditation sont attribués à l'état physiologique de relaxation. 

Il est démontré que la méditation conduit à une diminution significative de la consommation d'oxygène, à l'élimination du dioxyde de carbone, à une diminution de la fréquence respiratoire, de la fréquence cardiaque, du quotient respiratoire, de la pression artérielle, des gaz artériels et de la température corporelle.  Il existe également une augmentation de la résistance cutanée et une diminution des ondes alpha avec diminution des ondes bêta.  Ces corrélations physiologiques sont liées à un état d'éveil relaxé.

 Ceci a amené beaucoup d’ auteurs à faire de la méditation une technique de base de la relaxation.

Dans le modèle d'inhibition réciproque, WOLPE a émis l'hypothèse qu'une réaction phobique, par exemple, peut être éliminée si on peut mettre symboliquement en présence de celle-ci une réponse incompatible comme la relaxation.  Ceci est d'ailleurs le principe de base des stratégies comportementales d'auto-contrôle, d'auto-régulation.

 GOLEMAN, dans une étude de la psychologie bouddhiste et de la méditation, a identifié le principe d'inhibition réciproque comme le principe central de l'efficacité des méditations.

 ‘’Le principe clef du programme bouddhiste pour obtenir une santé mentale est le principe de l'inhibition réciproque en instaurant des facteurs mentaux sains en opposition aux facteurs mentaux malsains’’.

 D'aucuns (SHAPIRO et collaborateurs) ont cependant émis de sérieuses réserves à l'explication de GOLEMAN.  Pour SHAPIRO, l'explication de l'effet de cette inhibition réciproque doit être cherchée dans l'utilisation de l'attention et la restructuration cognitive.  La méditation ne réduit pas l'anxiété par inhibition réciproque mais bien par substitution d'une voie alternative, par exemple par l'obtention d'une modification de conscience.

 Différents auteurs ont donc comparé la méditation à toutes les autres techniques induisant des états physiologiques ou des modalités de conscience.  La plupart des auteurs ne font pas de différence entre l'hypnotisation, la relaxation et la méditation. 

 IV .CONCLUSION

Cependant, si on veut bien pousser un peu plus loin la recherche, on s'aperçoit que bien d'autres propriétés émergent de cette approche méditative sur le plan du développement personnel, de la recherche intérieure mais encore sur le plan thérapeutique des techniques de restructuration de la pensée.

 On peut donc conclure que les techniques de méditation peuvent être utilisées soit comme adjuvant secondaire de l'approche psychothérapique, soit comme technique de développement personnel.  En fonction de la conception que l'on a de la psychothérapie, la méditation peut être intégrée ou non.  De très nombreuses études ont montré l'utilisation de celle-ci avec des patients psychiatriques. 

CARPENTER a montré que l'efficacité de la méditation en thérapie était due à une combinaison de relaxation, de restructuration cognitive et intentionnelle, d'auto-observation et de prise de conscience. 

 SHAPIRO et GILBER ont montré que la méditation apporte comme bénéfice un état de relaxation et, secondairement, un état modifié de conscience.

 Pour DEIKMAN, la psychologie occidentale a   hérité des traditions des sciences classiques.  La thérapeutique occidentale se centre sur les émotions, les pensées, les souvenirs, les impulsions, les images, les concepts qui sont tous des contenus de conscience.  La psychologie occidentale échoue cependant en ce qui concerne le sens de l'existence personnelle.  La prise de conscience de soi se situe au-delà (transcendance) de la pensée, des images, des souvenirs et des sentiments et ne peut donc pas être observée mais doit être directement expérimentée.  Les techniques méditatives augmentent la prise de conscience de l'observation de soi, changent les modèles personnels de perception et de pensée.

Pour DEIKMAN, la méditation est un adjoint à la thérapie mais ne remplace pas celle-ci.  La thérapie est une aide principale pour les personnes qui cherchent à diminuer ou éliminer les symptômes qui interfèrent avec le travail, l'intimité et le plaisir.  La thérapie améliore l'auto-concentration névrotique,  corrige les mauvaises interprétations du monde, enseigne de nouvelles stratégies de rencontre. 

 Par contre, PRADWEJN et DOWDAL pensent que le but de la méditation, à savoir la réalisation de l'anéantissement du soi ou du moi, est donc antinomique avec le but de la thérapie qui est de faciliter le développement et la cohésion du moi.

 Quoi qu'il en soit, les données physiologiques sur la méditation suggèrent son efficacité à traiter une variété de problèmes somatiques liés, entre autres, aux excès de stress.  De nombreuses études montrent que la méditation peut être une stratégie préventive et réhabilitative dans le traitement des toxicomanies, de l'hypotension, des peurs, des phobies, de l'asthme, de l'insomnie et du stress.

 Des études comparatives ont montré que le sujet utilisant la méditation change plus que les groupes-contrôles : changement dans une attitude mentale positive, changement de personnalité, d'auto-réalisation.

Psychothérapie et méditation , compatibilité ou incompatibilité ?

Compatibilité et complémentarité, selon……..

 Professeur Henri Boon

PHAN THIET

Août 2002