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INTRODUCTION
États MODIFIES DE CONSCIENCE (E.M.C.)
?,
États DE CONSCIENCE MODIFIES (E.C.M.),
ETATS MODIFIES DE LA
CONSCIENCE?,
I. CONSTAT
1. Le non savoir-savoir
Au cours de nos entretiens de supervision cliniques
en rapport avec la pratique hypnotique, nous avons souvent rencontré
enthousiasme clinique, embarras théorique, ignorance historique et
absence
d’ouverture et de perspectives.
L’ignorance historique alliée à l’autosatisfaction
thérapeutique et l’absence de réflexion épistémologique sont fréquentes.
L’histoire permet cependant d’éviter les écueils du
passé et d’en tirer parti.
La réflexion théorique et expérimentale écarte les
impasses précédentes et offre la possibilité de progresser. Sans cette
triple perspective historique, expérimentale et clinique, on tourne en rond.
En effet, si le savoir-faire hypnotique est de plus
en plus élaboré, son savoir-savoir, et par conséquent sa pertinence,
restent encore dans les limbes de la connaissance.
Notre propos vise à éclaircir, de manière non
exclusive ni exhaustive, les causes principales, à notre avis, de ce ‘tourner en
rond’.
Notre regard
épistémologique porte sur l’absence de réponse aux questions sans cesse posées
plutôt que sur les questions elles-mêmes.
2. Hypnose et conscience
Qu’entend-on par hypnose, par conscience? Car l’un
ne va pas sans l’autre et l’hypnose est bien un phénomène de conscience.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le déclin de
l’un
coïncide avec
la disparition de l’autre. Comme d’ailleurs leur retour.
Si l’hypnose reste un mystère, le mot ‘conscience’
n’en est pas moins redoutable comme l’écrit Henri Ey dans le dernier livre
francophone traitant in extenso de la conscience et paru en ... 1958.
3. Le déclin
Alors qu’au début du siècle William James
définit la psychologie comme une science de là conscience, celle-ci, ou
du moins le mot, disparaît des manuels scientifiques pendant plusieurs
décennies.
Il faudra attendre 1960 pour que des chercheurs
anglo-saxons surtout, inspirés par les recherches sur l’hypnose, les drogues
hallucinogènes et les pratiques méditatives, se penchent à nouveau sur la
conscience par le biais des investigations sur les ECM.
Grandeur et décadence, deus ex machina ou mot vide
de sens, exalté par les uns, nié par les autres, la no- tion et le concept de
conscience vont progressivement disparaître des
écrits scientifiques au bénéfice de l’une ou
l’autre de leurs modalités, comme la vigilance, l’attention ou la
perception. L’hypnose aussi va décliner.
Il. LES CAUSES
EPISTEMOLOGIQUES DU DECLIN
Quelles sont donc les principales raisons
épistémologiques responsables de ces éclipses?
Elles ont pour nom : multiplicité de sens,
appropriation et flou sémantique, normativité, réduction ou exaltation
idéologique et confusion catégorielle.
1. Multiplicité de sens et appropriation
sémantique
Rappelons avec Henri Ey, repris par I)elay
et Pichot, que le mot .conscience, sous peine de confusion sémantique
requiert en français un qualificatif. La conscience morale normative ou
éthique, n’est pas à confondre avec la conscience psychologique ou
conscience de soi et du monde à travers soi. La conscience immédiate
ou intuitive n’est pas la conscience médiate ou réflexive Etat ou
fait de conscience n’est pas objet de conscience ou prise de
conscience. La philosophie morale a développé la notion de bonne ou
mauvaise conscience, la religion la notion de direction de
conscience, enfin la politique utilise le terme de conscientisation. Conscience
morale, conscience religieuse, conscience politique ont donc bien des sens très
différents. il va de soi que celles-ci ne sont pas à confondre avec la
conscience psychologique.
2. Normativité
La psychiatrie et la
psychopathologie étudient les altérations de la conscience
ou conscience de l’homme malade.
Ces états altérés ont
abouti à des classifications ou nosographies psychiatriques nées d’une vision
normative , restrictive, voire correctrice de la conscience.
Par référence à la conscience
‘normal’, conscience d’éveil ou de réa- lité, norme de base, la psychiatrie
étudie les déstructurations et les désorganisations qui provoquent des
altérations ou troubles de la conscience, hallucinations et délires par exemple.
Rosenfeld décrit en 1929 dix sept états de
troubles de la conscience incluant le sommeil, les états affectifs et l’hypnose.
Charles Tart lui-même, l’un des pionniers
modernes des recherches sur les ECM, imprégné ou conditionné par cette
vision classique, intitule son premier livre ‘Les états altérés de
conscience’.
Nous préférons par conséquent l’utilisation du
terme ‘modification », n’impliquant pas de norme pathologique, en ,lieu et place
du mot ‘altération’.
Rappelons d’ailleurs avec Tart que la
conscience dite normale ou conscience d’éveil n’est pas une donnée naturelle,
mais bien un acquis culturel de tous les instants nécessitant attention et
effort.
3. Réduction ou exaltation idéologique
Au sein même de la
psychologie, la psychanalyse et le comportementalisme (béhaviorisme) ont eu
comme conséquence la mise à l’écart de la conscience.
Freud et ses successeurs
ont insisté sur le rôle primordial de l’inconscient.Ce faisant ils ont minimisé
l’importance du conscient et quasi éliminé la conscience.
Les comportementalistes,
par souci (illusoire) d’objectivité, ont écarté de leur champ de recherche
la boite noire au bénéfice du comportement objectivement quantifiable. Leurs
successeurs, les cognitivistes , ont trop souvent réduit la conscience à
la notion de connaissance ou système informationnel, mais ils ont le mérite de
faire revenir la conscience dans le champ d’investigation de la
psychologie. D’aucuns, au contraire, ont élevé la conscience au rang d’énergie
motrice ou force intégrative (Caycedo), principe de vie, force morale ou
épiphénomène.
Négation, minimalisation,
réduction ou exaltation sont des résultantes du subjectivisme de la conscience
et d’apriorisme idéologique.
4. Confusion catégorielle et paradigme
multicentrique
Kuhn, dans son livre
‘La révolution scientifique’, a insisté sur l’importance des nouveaux
paradigmes.
Le paradigme est une sorte
de super théorie qui provoque l’adhésion d’un certain nombre de chercheurs et
révolutionne la science.
Actuellement, on voit
apparaître le besoin de concilier objectivité et subjectivité, matière et
antimatière, conscient et inconscient, ECM et EMC.
Non seulement de nouveaux
modèles paradigmatiques apparaissent, mais le besoin de concilier ceux-ci et
d’aboutir à une sorte de multiparadigme émerge de plus en plus.
La notion de multiplicité
paradigmatique fait progressivement place à l’unicité.
Rejoignant les idées de
Ken Wilber, issues de celles de saint Bonaventure, nous pensons qu’il
est indispensable, si l’on veut éviter les confusions catégorielles, de faire
appel et de respecter l’approche triphasique de l’œil de chair (empirisme), de
l’œil de raison (rationalisme) et de l’œil de contemplation (philosophie).
L’étude empirique des
E.M.C. en est la première étape, l’étude rationnelle des E.C.M. la seconde et
l’étude philosophique de la conscience la troisième.
A chaque étape correspond
un type de vision, un type de connaissance, un type de réflexion.
Sous peine d’erreur
catégorielle, il faut respecter cet ordre de choses. Empirisme, rationalisme et
philosophie se doivent respect mutuel et peuvent se concilier et faire partie
d’un tout transcendant.
Tel est l’objet d’un paradigme
multiple ou mieux multicentrique.
III. LES REMEDES
Sortir de ce flou sémantique, écarter la
normativité, mettre entre parenthèses les a priori idéologiques, respecter les
catégories permettront de sortir de ce ‘tourner en rond’ et d’élargir les
perspectives de re- cherches et de découvertes.
Comment? Nous proposons et espérons comme remè,des
: approche phénoménologique, explication et rigueur sémantique, élaboration de
critères expérientiels et de modèles théoriques de référence communs et
multicentriques.
1. Approche
phénoménologique
Ce n’est pas un hasard si la plupart des
chercheurs anglo-saxons, qui ont prolongé les recherches sur l’hypnose et
développé les études et les théories sur les modifications de conscience, sont
issus ou proches de la psychologie existentielle, ou 3ème force de la
psychologie contemporaine, la 4èrne étant la psychologie transpersonnelle , la l
ère et la 2ème étant la psychanalyse et le comportementalisme.
En effet, la psychologie existentielle,
née de la phénoménologie (Husserl) et de l’analyse existentielle (Binswanger),
a débarrassé la vision déformée et déformante de la conscience de ses
scories psychiatriques ou philosophiques, altérantes ou aprioresques, au
bénéfice d’une vision psychologique expérientielle, vécue, non normalisatrice,
extensive et ouverte.
L’approche phénornénologique centrée sur la
description du vécu et la méthode de réduction idéologique ouvre de nouvelles
perspectives.
Mise entre parenthèses, suspension du jugement,
rejet des a prioris, captation de l’historicité et perception de la
multifactorialité du phénomène sont des conditions sine qua non
444 si l’on veut sortir dé l’impasse paradigmatique
unicentrique et allier recherche clinique et expérimentale sur base théorique
commune (Thines).
2. Explicitation
sémantique et respect catégoriel
La rigueur sémantique, trop souvent absente ou
implicite, exige précision et explicitation des termes utilisés. E.M.C., E.C.M.
et E.M. de la C. impliquent des paradigmes différents. E.M.C. fait plutôt
référence à la notion d’état physiologique, aux paramètres mesurables et donc
quantifiables - sommeil, veille, rêve et états entre veille et sommeil.
E.C.M., incluant les notions précédentes, ajoute
aux corrélations physiques les inférences psychologiques dans un concept
psychophysiologique plus global. é
E.M. de la C. inclut les notions précédentes et
fait référence à la notion d’émergence (transcendantale?) de LA CONSCIENCE:
méditation, extase.
Chaque formule présuppose un point de vue
spécifique. L’un n’exclut pas l’autre. Mais les confondre mène droit à
l’impasse. Les englober, en les précisant, dans une vision multicentrique
accroît les chances de progression vers une explication des phénomènes de
conscience. A condition de rigueur sémantique explicite et de respect
catégoriel.
3. Critères
expérientiels et expérimentaux
Toute recherche repose sur des critères de base.
Ludwig et Tart ont ainsi recueilli
une liste de critères expérientiels. Chertok et Michaux ont, quant à eux,
élaboré un carnet d’analyse ayant permis de préciser les facteurs expérimentaux
principaux structurant la transe hypnotique.
Ils ont ainsi amplifié l’utilisation des
échelles de suggestibilité hypnotique (Wéltzenhoffer, etc. ... ).
Une combinaison des critères expérientiels issus du
vécu et des critères
expérimentaux issus de la mise au point technique
et expérimentale nous semble favorable dans la me- sure où elle permet de
différencier par exemple l’induction de l’état ainsi que les états eux-mêmes.
Des recherches sur base de critères communs nous permettront d’avancer dans nos
champs d’investigation spécifique.
Le lecteur intéressé par ces critères s’adressera
aux références bibliographiques.
4. Modèles
théoriques de référence
Rappelons le modèle explicatif de l’hypnose élaboré
par Shor et bien d’autres, le modèle systémique de Tart et la
carte spectrographique de K. Ring, plus globale.
La place nous manque pour les citer tous et nous
renvoyons, une fois de plus, le lecteur intéressé à la biblio- graphie. La
tendance à une nodélisation multicentrique se perçoit de plus en plus, mais
aussi sous peine de confusion catégorielle. Le modèle explicatif de référence
est une nécessité, mais demande d’autant plus rigueur sémantique et respect
catégoriel.
IV. CONCLUSIONS
Pour sortir de l’embarras théorique, améliorer et
élargir de façon pertinente les performances thérapeutiques, nous proposons
approche phénoménologique, rigueur sémantique et respect catégoriel, élaboration
de critères expérientiels et expérimentaux communs, enfin modèles
multicentriques de référence. Tout ceci dans une perspective historique,
dynamique, interdépendante et interactive. L’éclosion d’un superparadigme multi
ou polyvalent s’impose de plus en plus. A nous d’être attentifs.
A SUIVRE
Dr Henri BOON
Bruxelles
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