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Etats,processus et modalités
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ETATS MODIFIES ET PROCESSUS DE CONSCIENCE

Démarche clinique et attitude phénoménologique

 

La démarche clinique est rencontre, recueils, et progression.

Originairement au lit du malade, selon son étymologie, la démarche clinique est une rencontre avec le malade, la maladie et son histoire.Cette démarche consiste en un recueil progressif d’indices logiques, les symptômes révélateurs d’une maladie cachée.Les symptômes obligent à des inférences diagnostiques. L’attitude phénoménologique qui complète bien la démarche clinique est description et réduction. 

Description du vécu, l’approche phénoménologique se caractérise par l’abandon de l’attitude naturelle des positions par laquelle nous appréhendons généralement ce que nous rencontrons comme des réalités objectives.Cette attitude sous-tend ainsi les thèses de réalité ou de valeur et leurs affirmations subséquentes.Par la réduction, nous mettons les choses entre parenthèses, nous suspendons tout jugement et mettons à l’écart les a priori. 

Comme nous l’avons dit plus haut, démarche clinique et attitude phénoménologique s’accordent parfaitement bien dans les sciences humaines et plus particulièrement en psychiatrie.L’implication phénoménologique à la démarche clinique permet de porter un regard non empreint d’interprétation suspecte, voire d’idéologie ou de modélisation omnipuissante.

Cette manière d’approcher le phénomène permet à notre avis de dépasser les œillères de toute théorie, si bien construite soit-elle. 

A l’heure actuelle foisonne les pratiques de massage, de relaxation, d’hypnose, de méditation et de sophrologie.

Les unes et les autres se vantent de résultats inespérés et vantent leur supériorité par rapport à telle ou telle autre méthode.Comme nous l’avons écrit, il y a quelques années, lors de nos séminaires professionnels, séminaires en rapport avec la pratique hypnotique, nous avons souvent rencontré enthousiasme clinique, embarras théorique, ignorance historique et absence de perspective.

Absence de réflexion épistémologique et autosatisfaction thérapeutiques sont fréquentes.

Ces manques, ainsi que la gurutisation d’un grand nombre de ces approches, souvent à des fins commerciales, mènent systématiquement à des impasses théoriques et thérapeutiques et empêchent la progression de ces méthodes.Ces manières de faire font que ces «thérapies» tournent en rond.Ainsi, l’histoire nous montre qu’elles connaissent succès et échecs, enthousiasme et réprobation, victoires et défaites, apogées et déclins. 

Relaxation, hypnose, méditation, sophrologie .

Chacune de ces techniques a cependant un fait commun, ce sont des phénomènes de conscience.

Chacune de ces techniques entraîne des modifications de conscience.Rappelons ici, qu’on appelle état modifié de conscience (E.C.M.), un certain nombre d’expériences au cours desquelles le sujet à l’impression que le fonctionnement habituel de sa conscience se dérègle et qu’il vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité (LAPASSADE).Ces états de conscience sont vécus subjectivement comme qualitativement différents de nos états de conscience ordinaires. On parle également d’Etat Modifié de Conscience.

Cet état habituel de conscience se caractérise par la mobilisation d’un système de référence dans la tension de base qui supporte, interprète et donne un sens à toutes les expériences.SHOR, appelle ce système de référence l’orientation généralisée et habituelle vis à vis de la réalité.Cette orientation généralisée exige cependant un effort mental actif mais généralement inconscient.Cette orientation se développe tout au long de la vie, et n’a pas d’équivalent avec les processus nombreux qui en dérivent. Il ne s’agit pas d’une entité inflexible mais bien un caractère mouvant de multiples facettes. Ces altérations ou plus exactement ces modifications des états de conscience sont parfaitement naturelles et alternatives, voire cycliques.

Toutes les 24 heures, nous passons de l’état de veille à l’état de sommeil.Les études électrophysiologiques ont cependant montré que ce passage de l’état de veille à l’état de sommeil présentait différentes phases liées à différents processus biochimiques intra-cérébraux, avec modification biologique générale conséquente.Afin de simplifier, on divise ces stades en états de veille, états entre veille et sommeil, états de sommeil, états de rêve, et états d’hypervigilance. 

Ces états, aux critères physiologiques bien objectif, peuvent être provoqués ou spontanés, maintenus ou exaltés et utilisés ou appliqués.

Outre leurs caractéristiques générales, ils ont également des fonctions générales mais aussi spécifiques.

L’induction de ces états modifiés de conscience peut se faire par diminution de la stimulation extéroseptive ou de l’activité motrice, par augmentation de la stimulation intéroseptive ou de l’activation motrice et émotionnelle, par augmentation de la tension et de l’implicationmentale, par diminution de la tension et relaxation des facultés essentielles, enfin par la présence de facteurs psychosomatiques. Prenons l’exemple du coucher. 

En effet, lorsque nous avons l’intention de nous reposer, voire de dormir, nous diminuons les stimulations venant de l’extérieur et prenons une position réduisant l’activité motrice.Nous éteignons la lumière ou obscurcissons la pièce dans laquelle nous sommes et nous nous allongeons dans une attitude plus ou moins immobile.Ces restrictions d’appréhension sensorielles provoquent progressivement une diminution du niveau d’état de conscience vers l’état de sommeil, en passant par cette étape intermédiaire qu’est cet état entre veille et sommeil.

Au contraire, nous en avons tous fait l’expérience, le fait par exemple de danser avec une musique étourdissante nous plonge également dans un état modifié de conscience.Le fait de lire un livre, par exemple, et d’être complètement absorbé par l’histoire et sa lecture nous plonge dans cet état modifié de conscience.

De même, le relâchement de la tension et le fait « d’être dans la lune » et par conséquent souvent corporellement bien relâché, nous implique également dans cette modification de conscience.Les médecins connaissent bien les états de coma mais aussi les états plus simplement de modification de conscience provoqués par exemple par certaines modifications sanguines que l’on peut retrouver par exemple dans le diabète. 

D’une manière générale, ces états se caractérisent par une modification de la pensée, modification de la sensation de temps, lâcher prise, pression émotionnelle changée, modification de l’image du corps, (distorsion perceptuelle, sensation d’ineffable, hyper-suggestibilité, état de dissociation et émergence de la pensée primaire.

Ces modifications qui ne se retrouvent cependant pas chaque fois, peuvent être, comme nous l’avons écrit plus haut, produites par différentes techniques, maintenues, voire exaltées et servent ainsi à différentes stratégies thérapeutiques pédagogiques ou créatives. 

Parmi bien d’autres, citons ainsi les stratégies de relaxation, d’hypnotisation ou de méditation.

En effet, selon le but recherché par une méthode à nom généralement d’auteur, on se focalisera soit sur un état d’hypervigilance comme dans certaines techniques de méditation (danse soufi) soit sur l’état entre veille et sommeil comme par exemple dans la technique psychanalytique d’association libre ou le patient est allongé.Soit tout simplement, comme dans les techniques de relaxation ou l’on recherche tout simplement un état de décontraction physique et mental. 

Cet état modifié de conscience porte alors souvent le non de la stratégie, souvent une stratégie de communication, mais parfois simplement une stratégie purement corporelle utilisée.Ces méthodes ou techniques ont donc comme fond commun un état modifié de conscience.Il serait cependant plus juste de dire des états modifiés de conscience.Sur ce fond commun, en fonction des buts assignés, la technique consiste à privilégier une des caractéristiques.Le relaxothérapeute privilégie l’état entre veille et sommeil, l’hypnotiseurl’état de dissociation et le professeur de méditation l’état de vigilance. 

Penchons-nous maintenant sur le phénomène hypnotique.

On perçoit deux phénomènes, le processus hypnotique encore appelé hypnotisation, et l’état encore appelé état de transe hypnotique !.Le processus d’hypnotisation se rattache en fait au processus de modification de conscience.Il s’insère dans le continuum, veille sommeil. Au décours de la séance d’hypnotisation le sujet va subir de nombreuses et variables modifications de conscience soit spontanément, soit produit par l’hypnotiseur.Il découvre et/ou subit les différents stades précédemment décrits, ainsi que les caractéristiques émergentes.Selon certains, cet état servira à de la suggestion, selon d’autres à l’émergence de la pensée archaïque ou encore plus récemment par les tenants de l’hypnose Ericksonnienne, à des techniques de communication et d’imagerie mentale.

Le processus hypnotique relève donc de différentes techniques et stratégies, techniques de modification de conscience, stratégies de communication, etc.Le statut hypnotique souvent appelé, état hypnotique est ainsi appelé en fonction de la dénomination que lui donne le praticien.

En effet, cet état d’hypnose n’est rien d’autre que cette caractéristique rencontrée dans ces états modifiés de conscience et qu’on appelle la dissociation mentale, phénomène déjà longuement et magnifiquement rapporté par Pierre JAMET. 

On peut alors dire que le phénomène ou processus hypnotique se caractérise à la fois par une stratégie (hypnotique ) de modification de conscience et l’exaltation d’une de ces caractéristiques la dissociation mentale avec dans les techniques modernes de type Ericksonnienne, l’utilisation de stratégies de communication

On peut donc conclure en signalant, que sur base d’états modifiés de conscience, produits et maintenus ou exaltés par différentes techniques, soit psychologiques, soit corporelles, associées à différentes stratégies de communication, en fonction du but assigné et en regard de la dénomination particulière du praticien, le nom associé à ces états sera différent mais l’état identique. Les stratégies et les buts recherchés également différents.

  La querelle entre étatistes et non étatistes est vaine.